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Ukraine : Denys, cheminot syndiqué sur le front

"Mon pays connaîtra une nouvelle vie après la fin de la guerre et la libération de notre territoire des envahisseurs".

Jan 6, 2026

Source: Interview réalisée par Patrick Le Tréhondat

Publiée sur le site du Réseau syndical international de solidarité et de luttes, 1er janvier 2026

« J'ai transmis tes questions à notre camarade mobilisé, mais je n'ai pas encore reçu de réponse. Il est soit en mission, soit capturé, soit décédé. Je vais attendre. » Vyacheslav Federenko, président des cheminots KVPU Kryvyï Rih est inquiet. Il n’a pas reçu de réponse de son ami Denys, cheminot syndiqué, qui est sur le front. Mais quinze jours plus tard, les réponses arrivent et nous les publions ci-après. Kryvyï Rih est à une soixantaine de kilomètres du front. De nombreux cheminots se sont engagés pour combattre l’agression russe. « Le soutien, sous toutes les formes possibles, aux travailleurs et travailleuses qui sont sur le front est une priorité du syndicat » explique Vyacheslav. « 10% des cheminot·es sont sur le front et le syndicat défend également les droits socio-économiques des travailleurs mobilisés devant les tribunaux. D’un autre côté, les patrons menacent de licenciement ceux et celles qui luttent pour leurs droits. Aujourd'hui, la seule protection accessible aux travailleurs et travailleuses est la protection judiciaire, car en temps de guerre, les grèves et les manifestations sont interdites. » ajoute-t-il. Environ 600 cheminots et cheminotes sont mort·es sur le front ou à la suite de bombardements.
Patrick Le Tréhondat

Peux-tu te présenter ?

Je m'appelle Denys Shlapak. Je suis membre du syndicat des cheminots KVPU de Kryvyï Rih. Avant l'invasion à grande échelle des forces hostiles, je travaillais à Українська залізниця [chemins de fer ukrainien] en tant que chef de train, mais je conserve mon poste pendant la durée de ma mobilisation dans les forces armées ukrainiennes. Dès les premiers jours de l'invasion à grande échelle, j'ai pris, sans hésiter, la seule décision appropriée pour un citoyen conscient et patriote : rejoindre les rangs des forces armées ukrainiennes et défendre mon pays.

Alors que tu es militaire, as-tu toujours des contacts avec ton syndicat ? Quelle aide t’apporte-t-il ? Quelle relation as-tu avec lui ?

J'ai la chance d'entretenir des relations amicales avec le syndicat de Kryvyi Rih et notre syndicat est très efficace. J'ai sollicité leur aide à plusieurs reprises pour répondre à certains besoins matériels urgents de mon unité militaire, et ils m'ont toujours aidé et apporté l'aide nécessaire, ce dont mes frères d'armes et moi-même leur sommes très reconnaissants. Dans les conditions dans lesquelles nous nous trouvons, il est essentiel de sentir le soutien de l'arrière. Je tiens également à souligner que le président du syndicat a défendu mes droits sociaux en tant que cheminot mobilisé dans l'armée : il a obtenu par voie judiciaire le versement par les chemins de fer de mon salaire pendant ma mobilisation, et qui m'étaient garantis par la convention collective sectorielle.

En tant que membre d’un syndicat, as-tu rencontré des problèmes particuliers dans l’armée ?

Non, comme je l'ai déjà dit, le lien avec le syndicat m'a au contraire aidé à certains moments. Il n'y a aucun problème. Il n'y a pas de traitement particulier lié à l'appartenance au syndicat.

Dans l’armée ukrainienne, les soldats membres de syndicat sont-ils nombreux ?

La plupart des militaires actuels ne sont pas des militaires de carrière. Ce sont des personnes qui, avant la guerre, travaillaient dans divers domaines au sein d’entreprises civiles, et la plupart sont syndiquées. Je ne dispose pas de statistiques, bien sûr, mais je pense qu'ils sont nombreux.

En quoi ta formation de cheminot t’a aidé dans ta formation militaire ?

J'avais déjà bien sûr reçu une formation de base pour agir dans des situations d'urgence, car le métier de cheminot exige de savoir , par exemple, prodiguer des soins médicauxou de réagir rapidement à des circonstances imprévisibles. Cela m'a été utile, dans une certaine mesure, pour maîtriser ma nouvelle activité militaire.

En quoi la présence de membres de syndicats dans l’armée change-t-elle son fonctionnement ?

La tâche principale du syndicat est de soutenir et de protéger les personnes unies par des intérêts professionnels communs. Il est évident que la présence, dans n'importe quel domaine d'activité, et a fortiori dans l'armée, de personnes qui visent à s'unir et à obtenir un résultat commun améliore au maximum la qualité du fonctionnement de là où ils sont ou agissent. Il est évident que c'est un phénomène extrêmement positif.

Comment vois-tu ton avenir et celui de l’Ukraine ?

Je crois sincèrement que mon pays connaîtra une nouvelle vie après la fin de la guerre et la libération de notre territoire des envahisseurs. Mes frères d'armes et moi-même mettons tout en œuvre pour que ce jour arrive. C'est pourquoi, même après la fin de la guerre, je me vois poursuivre une carrière militaire. Pour que tout ce qui a de la valeur à mes yeux, ma famille et mon pays, soit toujours protégé.

Denys, quelque part sur le front

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