Les quatre mythes antifascistes de Poutine. Mythe n° 4 : « La Russie s’oppose au fascisme sur la scène internationale »
L’activiste politique russe Anastasia Spartak démonte les quatre mythes à travers lesquels la Russie utilise des éléments de l’antifascisme

Une publication de la Fondation Rosa Luxemburg
Le 24 février 2022, Poutine a déclaré que l’objectif officiel de la guerre serait la « démilitarisation et la dénazification de l’Ukraine ». Le même jour son porte-parole Dmitri Peskov, précisait que « dans l’idéal, l’Ukraine devrait être libérée, débarrassée des nazis, des sympathisants nazis et de leur idéologie ». Les médias russes qualifient les soldats russes d’antifascistes et les Ukrainiens de nazis, établissant un parallèle avec les événements du front est de la Seconde Guerre mondiale (1941–1945), connue en Russie sous le nom de Grande Guerre patriotique. « Comme en 1945, la victoire sera nôtre », a écrit Poutine le 9 mai 2022. Les soldats russes en Ukraine utilisent des symboles soviétiques. Ils portent des insignes représentant le marteau et la faucille, placent des drapeaux rouges sur les chars, reconstruisent les monuments à Lénine détruits dans les villes ukrainiennes occupées et arborent sur les bâtiments administratifs ukrainiens l’étendard de la Victoire — une copie de celui hissé sur le Reichstag le 1er mai 1945 — pour annoncer la conquête d’un territoire.
Ce texte de l’activiste politique russe Anastasia Spartak démonte les quatre mythes à travers lesquels la Russie utilise des éléments de l’antifascisme pour justifier sa guerre contre l’Ukraine.
Mythe n° 4 : « La Russie s’oppose au fascisme sur la scène internationale »
Ce qu’en dit Poutine : « Nous ne devons pas oublier les leçons de la terrible tragédie dans laquelle le nazisme a plongé l’humanité au XXe siècle. Notre devoir envers la mémoire des millions de victimes de la Seconde Guerre mondiale est de réagir avec fermeté aux tentatives de falsification de l’histoire et de nous opposer à la propagation de toute forme de néonazisme, de russophobie et de racisme. »
En réalité : La Russie diffuse une rhétorique antifasciste sur la scène internationale afin de légitimer sa politique étrangère. Elle organise des forums antifascistes internationaux, finance des organisations antifascistes internationales et dénonce auprès des Nations Unies la glorification du nazisme. Dans le même temps, cependant, elle renforce ouvertement ses liens avec les partis d’extrême droite de toute l’Europe.
Explication du mythe : La tentative d’associer l’antifascisme aux séparatistes du Donbass a commencé en 2014, lorsque le ruban de Saint-Georges est devenu un élément caractéristique de leurs uniformes. C’est pour cette raison que les Ukrainiens les ont surnommés« kolorady », en raison de la similitude entre les couleurs du ruban et celles du doryphore de la pomme de terre, également connu sous le nom de coléoptère du Colorado. Par la suite, en 2016, dans la ville ukrainienne occupée de Louhansk, fut créée l’Union antifasciste internationale, qui lança le site d’information antifashist.com. Il est significatif que ce média soit directement lié aux institutions de la soi-disant« République populaire » de Louhansk et qu’il utilise dans son nom de domaine la translittération russe du mot « antifasciste », plutôt que le terme anglais « antifascist ». Le discours antifasciste lui-même est extrêmement peu développé en Russie : il est incohérent, contradictoire et extrêmement superficiel. Et bien que le peuple russe dans son ensemble, ou l’État de la Fédération de Russie, soient considérés par définition comme des entités antifascistes, en réalité personne n’a d’idée précise de ce que sont le fascisme et l’antifascisme ; aucun institut du pays ne mène de recherches spécifiques dans ce domaine. L’État se considère formellement comme l’héritier de l’État qui a vaincu le fascisme et projette cette image à l’extérieur, notamment par le biais d’initiatives symboliques et de manifestations publiques internationales. À cet égard, la déclaration de Poutine citée plus haut revêt une importance particulière. Le président russe l’a prononcée en août 2022, à l’occasion de l’ouverture du forum Armija-2022, dans le cadre duquel s’est tenu le premier congrès antifasciste international, organisé par le ministère russe de la Défense. L’idée de convoquer un tel congrès avait été avancée par le ministre de la Défense Sergueï Choïgou un mois après le début de l’«opération militaire spéciale » en Ukraine. Les objectifs officiellement déclarés du congrès étaient de démontrer la cohérence de la position de la Fédération de Russie dans la défense de la vérité historique sur la contribution décisive de l ’URSS à la défaite du fascisme pendant la Grande Guerre patriotique et de créer une plateforme pour coordonner les efforts de la communauté internationale dans la lutte contre l’idéologie et les manifestations du néonazisme dans le contexte actuel. Les orateurs ont appelé à une condamnation sans équivoque de toute manifestation de fascisme, de néonazisme et de chauvinisme dans le monde contemporain et ont exhorté à une action concertée contre la falsification de l’histoire et la glorification des criminels de guerre. Dans son discours d’ouverture, Choïgou a utilisé une définition abrégée du fascisme formulée par le communiste bulgare Georgi Dimitrov, dont il avait supprimé toute référence aux classes sociales, ne conservant que des jugements moraux et éthiques dénués de sens hors de leur contexte : « Georgi Dimitrov, antifasciste convaincu, définissait le fascisme comme un chauvinisme bestial, une barbarie médiévale et une agression effrénée contre d’autres peuples et pays ». Choïgou a consacré la majeure partie de son intervention à l’Ukraine et à l’«opération militaire spéciale», évoquant le « néonazisme en Ukraine ». Le congrès s’est conclu par l’adoption d’une résolution dans laquelle il était affirmé : « [...] La principale leçon de l’histoire est précisément que le fascisme ne doit pas se reproduire. Les participants au congrès antifasciste invitent toutes les forces éprises de paix de la communauté internationale à renforcer leur unité dans la lutte contre toute forme de fascisme, quelles que soient les "apparences nationales" derrière lesquelles il se cache ». Le discours de Choïgou lors du premier congrès antifasciste international est intéressant pour deux raisons. Premièrement, il s’agissait du premier événement officiellement organisé par le ministère russe de la Défense sous l’appellation «antifasciste», auquel avaient été invités des représentants de 33 pays. Deuxièmement, les plus hauts représentants de l’État russe n’utilisent généralement pas les termes «fascisme» et «antifascisme». De plus, alors que les responsables russes utilisent très fréquemment les mots« fascisme » et « fascistes », les termes «antifascisme» et «antifascistes» apparaissent très rarement dans les discours des plus hauts dirigeants. L’«antifascisme »est considéré comme allant de soi. Après le déclenchement de la guerre en Ukraine, certaines chaînes de télévision patriotique sont commencé à qualifier les soldats russes d’«antifascistes», mais ont progressivement abandonné cette pratique. Dans les émissions de télévision russes, le mot «antifasciste» n’est utilisé que dans un contexte historique ou en référence aux membres du mouvement Antifa.
Le congrès antifasciste organisé par le ministère de la Défense n’a pas été la seule initiative de ce genre. Le 31 mars, un forum public patriotique antifasciste s’est tenu à l’Université fédérale du Sud de Rostov-sur-le-Don ; le 30 avril, toujours à Rostov-sur-le-Don, s’est tenu le VIIe Congrès antifasciste international, organisé par l’Union antifasciste internationale ; le 8 septembre 2022 a eu lieu à Moscou le Forum antifasciste international 2022. Tous ces événements présentaient des caractéristiques communes. Les autorités de l’État étaient impliquées, d’une manière ou d’une autre, dans leur organisation. Le forum de Moscou s’est ouvert par une intervention du ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. Le contenu des discours était pour l’essentiel identique : tous se concentraient sur la condamnation du néonazisme en Ukraine et visaient à légitimer la guerre aux yeux de la communauté internationale. Des participants étrangers ont été invités à tous ces événements, afin d’en souligner le caractère international. À l’issue des forums, des résolutions condamnant le néonazisme en Ukraine ont été adoptées, mais elles ne sont toutefois pas disponibles sur Internet.
Des conférences similaires ont été organisées par l’organisation internationale« Monde sans nazisme », fondée le 22 juin 2010 à Kiev. L’organisation se présente comme un mouvement international de défense des droits de l’homme, engagé à orienter l’opinion publique en faveur du mouvement antifasciste dans le monde. En réalité, il s’agit d’une organisation russe dirigée par Boris Špigel’, un oligarque proche du Kremlin et ancien membre du Conseil de la Fédération de l’Assemblée fédérale russe. Le journal The Daily Beast a décrit « Monde sans nazisme » comme une « organisation non gouvernementale organisée par le gouvernement » (ONGOG), c'est-à-dire une structure apparemment indépendante qu'un État, généralement autoritaire ou non-démocratique, crée pour imiter une ONG et tromper les médias, l'opinion publique et les autres gouvernements.
Le site web de l'organisation, stopnazism.net, a été mis à jour pour la dernière fois en 2012 et n’est aujourd’hui plus accessible. La dernière information concernant l’organisation remonte à 2015, lorsque «Monde sans nazisme » a annoncé qu’elle remettrait en Crimée un prix récompensant les résultats obtenus dans la lutte contre le néonazisme. En 2024, Boris Špigel a été condamné à onze ans d’emprisonnement pour corruption.
L’un des principaux outils permettant de légitimer la politique étrangère russe est constitué par les rapports annuels du ministère des Affaires étrangères qui dénoncent la «glorification du nazisme ». Depuis 2012, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté des résolutions proposées par la Russie pour condamner la « glorification du nazisme». Ces rapports examinent l’émergence de partis politiques, de mouvements, d’idéologies et de groupes extrémistes aux orientations racistes et xénophobes, y compris les néo-nazis et les skinheads, et analysent la mise en œuvre de mesures et de politiques discriminatoires aux niveaux national et local.
Les rapports encouragent les États membres à continuer d’adopter des mesures appropriées, y compris par le biais de la législation nationale, pour prévenir et éliminer l’incitation à la violence à l’encontre des minorités raciales, ethniques et religieuses, ainsi que la diffusion de messages de supériorité ou de haine raciale. Depuis 2014, les résolutions portent le titre «Glorification du nazisme, du néonazisme et d’autres pratiques contribuant à alimenter les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et intolérance qui y sont liées».
Les États-Unis et l’Ukraine ont systématiquement voté contre ces résolutions.
Le rapport de 2022 souligne l’intensification, dans plusieurs pays, de la campagne visant à déformer l’histoire, à falsifier le rôle de l’URSS dans la victoire sur le nazisme et dans la création du système moderne des relations internationales, et à promouvoir des pratiques de révisionnisme historique et de revanchisme. Le texte affirme expressément que « dans les États baltes et en Ukraine, les collaborateurs des nazis sont présentés comme des participants à des mouvements de libération nationale qui luttaient pour l’«indépendance » de leurs pays ». Le 15 décembre 2022, la séance plénière de la 77e session de l’Assemblée générale des Nations unies a adopté, par 120 voix pour, 50 contre et 10 abstentions, la résolution présentée par la délégation de la Fédération de Russie au nom de 32 co-auteurs provenant de toutes les régions
du monde. Le rapport lui-même est rédigé avec une grande rigueur et décrit la situation des mouvements d’extrême droite, voire des incidents isolés de violence extrémiste, dans plus de quarante pays. La majeure partie du rapport se concentre sur l’Ukraine, les États baltes, le Royaume-Uni, la France et les États-Unis. En outre, le rapport critique explicitement les partis Alternative pour l’Allemagne, le Front national français et le Parti de la liberté autrichien, en les qualifiant expressément d’extrême droite.
Les liens d’amitié avec les partis d’extrême-droite
Des chercheurs occidentaux, comme la politologue française Marlène Laruelle, savent bien que, depuis l’annexion de la Crimée en 2014, Moscou n’a pas eu Europe d’amis plus proches que les partis d’extrême droite, parmi lesquels figurent la Ligue du Nord italienne et le Jobbik hongrois.
Des représentants de ces partis ont signé des accords de coopération avec le parti au pouvoir Russie unie, se sont rendus en Crimée et dans le Donbass à l’occasion des élections, ont demandé la levée des sanctions contre la Russie et ont noué des liens d’amitié avec le dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov, avec l’idéologue russe Alexandre Douguine et avec l’homme d’affaires orthodoxe Konstantin Malofeev.
À en juger par les informations divulguées aux médias, ils auraient généreusement été récompensés par le Kremlin. Selon une enquête récente, un groupe de conseillers politiques liés au Kremlin aurait corrompu des responsables politiques européens d’extrême droite afin qu’ils acceptent de présenter des résolutions visant à lever les sanctions contre la Russie.
Ces derniers temps, de nombreux articles de presse et études ont été publiés sur les liens entre la Russie et l’extrême-droite internationale, mais il est important de rappeler où tout a commencé. Lorsque la soi-disant « crise migratoire » a éclaté en 2015, les partis d’extrême droite de l’Union européenne ont commencé à gagner en popularité. Le Kremlin a alors décidé de les soutenir, dans l’espoir qu’ils accèdent au pouvoir et aident la Russie à se libérer des sanctions.
L’extrême droite européenne sympathise avec la Russie pour plusieurs raisons. Tout d’abord, ces partis s’opposent à l’« establishment libéral», qui, selon eux, a pris le pouvoir en Occident et impose son programme : féminisme, droits des personnes LGBTQIA+ et droits des minorités. Ils voient en Poutine une sorte de pôle opposé, un défenseur des valeurs traditionnelles et chrétiennes.
Deuxièmement, certains représentants de l’extrême droite considèrent l’Église orthodoxe russe comme une alternative religieuse à la modernité, tandis que le protestantisme est associé au courant dominant du libéralisme.
Troisièmement, la figure de Poutine, homme politique autoritaire, fort et viril, représente un modèle pour l’extrême droite.
Quatrièmement, certains partisans occidentaux des théories du complot relatives au Covid -19 soutiennent les actions de Poutine car ils se méfient de leurs propres gouvernements libéraux.
Depuis le 24 février 2022, le mouvement allemand Querdenken est devenu l’un des principaux vecteurs de diffusion de la propagande russe. Le Kremlin a cherché à créer une vaste communauté d’extrême-droite en Europe, en injectant des fonds dans diverses organisations, en créant des forums et des centres de recherche. Un exemple significatif est le Forum conservateur international russe, qui s’est tenu en 2015 à Saint-Pétersbourg. Ce forum a réuni environ 150 représentants de onze partis et organisations conservateurs et nationalistes, ainsi que quatre cents participants venus de quinze pays. Parmi les orateurs invités figurait le néonazi notoire Udo Voigt.
Le centre Katechon, fondé en 2015 et soutenu par l’oligarque russe orthodoxe ultraconservateur Konstantin Malofeev, publie des textes d’auteurs allemands de droite. Fin mai 2014, Malofeev a organisé et animé à Vienne une rencontre entre des responsables politiques russes et européens d’extrême droite. En avril 2014, il a par ailleurs contribué à obtenir un prêt pour Marine Le Pen au profit de son parti.
Le magazine allemand Compact, fondé en 2010 comme une publication pro-russe mais encore «de gauche», est devenu ouvertement d’extrême droite au cours de l’escalade de ces dernières années. Avec sa radicalisation vers la droite, le magazine a pris le caractère d’une publication ultranationaliste, le Magazin für Souveränität, dont le directeur, Jürgen Elsässer, a participé en 2014 au mouvement des Veillées pour la paix.
Vladimir Jakounine, homme de confiance de Poutine, a fondé à Berlin, durant l’été 2016, le forum public international « Dialogue des civilisations ». Le Centre pour la coopération continentale, dont le siège se trouve à Munich, peut également être décrit comme un centre de recherche de droite pro-russe. Le Centre allemand d’études eurasiennes (DZES), dont le siège est à Berlin, a été fondé en avril 2016 et dissous le 8 novembre 2018. En Autriche, il existe un autre centre de recherche pro-russe, l’Institut Souvorov.
Entre-temps, après l’invasion russe, l’extrême droite européenne a condamné l’agression militaire et a rapidement pris ses distances avec la Russie. Le pari du Kremlin sur les partis d’extrême droite européens avait échoué. Seul le Parti de la liberté autrichien (FPÖ) continue peut-être d’insister pour une nouvelle levée des sanctions contre la Russie. Le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) a également déclaré que les sanctions contre la Russie allaient à l’encontre des intérêts allemands. Les médias ont par ailleurs désigné le dirigeant hongrois Viktor Orbán et son parti, le Fidesz, comme l’un des principaux alliés de la Russie en Europe.
Tout cela démontre le double standard de la politique étrangère russe : d’un côté, Moscou combat le néonazisme dans les instances internationales, de l’autre, elle soutient des forces politiques qui partagent des positions radicales d’extrême droite. Par conséquent, pour comprendre au moins en partie les motivations qui poussent Poutine à mener cette guerre, il faut examiner l’histoire de la Fédération de Russie et de l’ Ukraine, nées sur les ruines de l’URSS. Il faut rappeler que, bien que Poutine soit issu des appareils soviétiques, les objectifs de la nouvelle classe dirigeante sont diamétralement opposés à ceux du système dont il est issu. L’élite russe actuelle a émergé dans les années 1990, dans le contexte de l’une des formes les plus brutales d’ultra-capitalisme prédateur, qui s’est progressivement transformé en ce que certains chercheurs contemporains appellent le «capitalisme politique» : «un système économique et politique dans lequel les élites économiques et politiques collaborent pour leur avantage mutuel [... ] un système dans lequel les élites politiques et économiques fixent les règles de manière à pouvoir utiliser le système politique pour conserver leurs positions privilégiées». L’une des caractéristiques distinctives des capitalistes politiques a été le recours à des relations informelles avec les fonctionnaires de l’État pour privatiser à bas prix les biens publics, transférer entre les mains de particuliers les bénéfices d’entités formellement publiques et échapper à l’impôt grâce à des failles juridiques créées délibérément. Lorsque certains capitalistes bénéficient d’avantages de la part de l’État, sous forme de subventions, de privilèges, de contrats ou d’autres formes de soutien, il devient essentiel pour eux de défendre leur position monopolistique face à la concurrence. Ils cherchent donc à maintenir leur contrôle sur un territoire donné— au sens large du terme: marché, secteur industriel, etc. —afin de ne pas avoir à partager leurs bénéfices avec leurs concurrents. Pour Poutine et sa classe de capitalistes politiques, l’antifascisme n’est qu’une ressource et un outil idéologique à manipuler selon leur convenance. C’est pourquoi, en Russie même, la notion d’antifascisme est si peu développée: elle n’a pas d’existence autonome réelle dans la vie politique intérieure, personne n’en discute à l’intérieur du pays, car elle est considérée comme une évidence, et il n’existe aucune institution développant un discours antifasciste, à l’exception de l’armée et des rituels commémoratifs. Cette ambiguïté idéologique permet d’appliquer l’étiquette de «fascisme» à n’importe quel adversaire de la Russie. C’est pour cette raison qu’aujourd’hui, en Russie, même l’extrême droite se qualifie parfois cyniquement d’antifasciste, comme l’ont fait Douguine et Rogozine. Tout cela n’a rien à voir avec une politique d’émancipation.






