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La guerre menée par la Russie en Ukraine s’immisce dans la vie quotidienne en Pologne

Les Polonais de l'est du pays entendent des sirènes d'alerte et reçoivent des alertes par SMS concernant des incursions aériennes russes

Quatre cours dont un de survie, prodigués depuis novembre 2025 par la Défense territoriale polonaise pour renforcer la protection des civils, battent des records de popularité
Nov 6, 2026

Financial Times du 2 novembre 2026

À Lublin, ville de l’est de la Pologne très prisée des touristes pour ses portes médiévales et ses façades aux couleurs pastel, les habitants s’habituent peu à peu au son des sirènes d’alerte et au vrombissement des avions de chasse mobilisés en urgence pour faire face à la menace des drones ou des missiles russes.

Depuis début septembre, les habitants reçoivent des alertes SMS d’urgence concernant d’éventuelles incursions aériennes russes, tandis que l’aéroport de la ville a suspendu les vols civils à six reprises ce mois-là afin de laisser la place à l’armée pou rprotéger l’espace aérien polonais.

L’expérience de Lublin montre comment, cinq ans après le début de l(invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie, la guerre a commencé à s’immiscer dans la vie quotidienne de la Pologne voisine.

Varsovie a relevé le niveau d’alerte dans ses régions orientales de Lublin et de la Transcarpatie, après que Moscou eut intensifié ses bombardements sur l’ouest de l’Ukraine ces derniers mois en recourant davantage à des drones à réaction et à des missiles capables d’atteindre le territoire polonais. Un hélicoptère russe a également violé l’espace aérien polonais près de la base militaire russe de Kaliningrad en septembre.

« Nous avions peut-être trop longtemps considéré cette guerre comme quelque chose qui ne pouvait se produire que de l’autre côté de notre frontière », a déclaré Dariusz Krzysztofik, directeur adjoint du service de la sécurité publique de Lublin, située à 100 km de la frontière ukrainienne.

« La Russie déploie désormais beaucoup d’efforts pour nous faire céder à la panique, même si je suis convaincu que les Russes ne font en réalité que renforcer notre résilience et nous faire prendre davantage conscience que nous devons vraiment aider l’Ukraine. »

À Wąwolnica, un village situé 35 km plus à l’ouest de Lublin, le maire Marcin Łaguna a indiqué que les habitants étaient de plus en plus inquiets face à la Russie, mais également frustrés par la « surcharge d’informations » due aux SMS d’alerte.

«Nous n’avons ici aucun bien stratégique qui vaille la peine d’être détruit, et de toute façon, tout le monde sait que nous n’avons pas les moyens de construire un abri pour nous protéger contre une attaque de grande envergure», a-t-il déclaré. «Le problème, c’est que lorsque les gens reçoivent sans cesse des alertes, ils finissent par les ignorer.»

Ewa Lenartowicz, une habitante de Wąwolnica, a déclaré qu’elle nne prêtait pas attention aux alertes envoyées sur son téléphone, mais qu’elle ne parvenait pas à dormir à cause du bruit des avions militaires survolant la région.

« Nous avons grandi sous le communisme, donc ma famille a toujours conservé de la nourriture et d’autres réserves d’urgence dans la cave au cas où la situation viendrait soudainement à empirer, mais c’est une nouvelle source de stress d’être réveillée par des avions de chasse », a-t-elle déclaré.

La Pologne a alloué cette année près de 5 % de son PIB à la défense, ce qui en fait, proportionnellement, le pays de l'OTAN qui consacre le plus de moyens à la défense. Varsovie a commandé des centaines d’avions, d’hélicoptères et de chars, mais les investissements dans la protection civile, en particulier lesabris anti-bombres, ont pris du retard.

Au début de l’année, Lublin a inauguré son premier abri entièrement hermétique, capable d’accueillir environ 200 personnes à l’abri de la guerre chimique et des particules radioactives. La ville prévoit de moderniser 101 autres abris pour les mettre aux mêmes normes élevées de protection d’ici trois ans.

« Jusqu’en 2024, nous n’avions pas d’argent [du gouvernement national] pour de tels investissements », a déclaré M. Krzysztofik. « Nous disposons désormais de fonds, mais il nous faut encore du temps. »

Lublin dispose de suffisamment de parkings souterrains et d’autres abris pour protéger la population de l’agglomération, qui compte plus de 450 000 habitants, contre une attaque de drones russes. Mais seuls 38 000 habitants pourraient actuellement trouver refuge dans des abris conçus pour résister à une frappe plus puissante —bien que moins probable — d’un missile balistique russe Oreshnik, a précisé M. Krzysztofik.

La ville s’empresse également d’étendre son réseau de sirènes d’alerte, qui sont désormais audibles par environ 70 %des habitants, afin de couvrir l’ensemble de l’agglomération de Lublin d’ici la fin de l’année.

« Tout le monde mène encore une vie normale à Lublin, mais je pense que l’ambiance y est désormais différente de celle de Varsovie, notamment parce que les gens ont des amis [en dehors de l’est de la Pologne] qui leur demandent comment ils s’en sortent en état d’alerte maximale », a déclaré M. Krzysztofik.

En octobre, les autorités de Lublin ont commencé à apposer des panneaux verts et orange sur les bâtiments pour indiquer les itinéraires d’évacuation et l’emplacement des abris. Une récente réunion sur les procédures d’urgence a attiré 250 personnes, contre 10 à 20 habitants qui assistaient à ce type d’événements avant l’été, a précisé M. Krzysztofik.

Le gouvernement polonais renforce sa présence militaire autour de Lublin en réponse aux violations de l’espace aérien par la Russie, mais aussi aux attaques de guerre hybride. Varsovie a attribué plusieurs actes de sabotage à la Russie depuis novembre dernier, lorsque la Pologne a évité de justesse un accident ferroviaire après qu’un engin explosif a endommagé la principale ligne ferroviaire reliant Lublin à la capitale.

Début octobre, le ministre de la Défense, Władysław Kosiniak-Kamysz, a annoncé que des batteries de défense aérienne Patriot seraient déployées pour la première fois autour de l’aéroport de Lublin. Une nouvelle base d’hélicoptères y sera également établie, aux côtés de trois unités militaires supplémentaires, dont une brigade de lutte contre les drones à Łuków, non loin de là.

Ces renforts visent en partie à mettre Lublin au même niveau que Rzeszów, dans le sud-est, dont l’aéroport sert de plaque tournante cruciale pour l’aide militaire et humanitaire à l’Ukraine depuis l’invasion à grande échelle de la Russie en 2022.

Dans le cadre d’efforts plus larges visant à se protéger contre la Russie, le gouvernement polonais entreprend également un investissement de 2,3 milliards d’euros, baptisé «Eastern Shield», afin d’ériger des barrières et des fossés antichars le long de 700 km de frontière orientale de la Pologne. Par ailleurs, un consortium polono-norvégien construit un « mur anti-drones » d’une valeur de 3,5 milliards d’euros, composé de 18 batteries mobiles de lutte contre les drones.

La présence militaire croissante peut rassurer les habitants, mais les élus locaux craignent que la militarisation ne nuise aux investissements des entreprises dans l’est de la Pologne, dont l’économie est depuis longtemps à la traîne par rapport à Varsovie et à l’ouest du pays.

Alors que la Pologne connaît une croissance trois fois supérieure à la moyenne de l’UE, Lublin est la région la plus pauvre du pays, avec un PIB par habitant représentant environ un tiers de celui de Varsovie.

À Wąwolnica, l’armée polonaise rénove un pont afin de le rendre conforme aux normes de transport militaire. Le maire Łaguna se félicite de la contribution de l’armée, mais il se montre pessimiste quant à l’économie locale.

« Les investisseurs évaluent si une région est sûre ; nous avons donc de nombreuses raisons de craindre désormais également des répercussions économiques négatives », a-t-il déclaré. «Le risque d’une guerre avec la Russie ne sera jamais un facteur d’attraction. »

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