En première ligne de la résistance et du renouveau : témoignages des villes minières d’Ukraine
Une mission d'aide de l'Ukraine Solidarity Campaign dans le Donbass a récemment eu lieu, à la suite d'un appel urgent lancé par le syndicat.

Source: Ukraine Solidarity Campaign, 30 mars 2026.
Traduction française: RESU - Belgique
L'ensemble des reportages de Sian Norris en anglais se trouvent ICI.
Une mission d'aide de l'Ukraine Solidarity Campaign dans le Donbass a récemment eu lieu, à la suite d'un appel urgent lancé par le syndicat des mineurs, la NGPU pour obtenir des fournitures essentielles. Nous publions ici un rapport de l'écrivaine et militante Sian Norris, qui faisait partie de la délégation,financée grâce à la solidarité directe des syndicats britanniques – GMB,UNISON, UNITE, NAUTILUS, UCU, PCS et NASUWT. La mission a livré des véhicules et du matériel hivernal vital aux membres du NGPU qui défendent la ville de Pokrovsk et les positions sur le front de Zaporijia. En outre, un important chargement de fournitures médicales, financé par le PCS et le NASUWT, a été remis au Syndicat libre des travailleurs de la santé de la région de Zaporijiapour les centres de stabilisation d’urgence.
Après un long voyage, nous sommes arrivés à Pavlohrad tard dans la nuit du 24 février – jour du quatrième anniversaire de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie. Sur la route ce matin-là, à 9 heures, la circulation s’est arrêtée à Ternopil alors que les conducteurs sortaient de leurs voitures pour se tenir debout, en silence, et rendre hommage aux héros tombés au combat.
Yuriy Kryvoruchko, qui dirige le syndicat NGPU (Syndicat indépendant des mineurs d’Ukraine) à Pavlohrad, nous a accueillis pour un délicieux petit-déjeuner et un café bien mérités, avant de nous conduire en ville où nous avons déposé l’aide. Ce fut l’occasion de revoir de vieux amis comme Anatoly, qui dirige une unité paramilitaire chargée du sauvetage des mineurs, ainsi que de rencontrer de nouveaux camarades.
Nous avons apporté deux camions remplis de matériel d'aide,notamment des sacs de couchage et des fournitures médicales, ainsi que deux générateurs Ecoflow qui se sont avérés être une bouée de sauvetage pour les Ukrainiens pendant cet hiver rigoureux. Les camions et l'aide devaient ensuite se rendre à Pokrovsk et à Zaporijia, pour soutenir les soldats et le personnel médical dans le Donbass.
Pavlohrad est désignée comme une ville de héros, avec une forte communauté minière qui travaille sans relâche pour maintenir l'approvisionnement en électricité alors même que la Russie attaque sans cesse les infrastructures énergétiques. Le travail du syndicat des mineurs a changé depuis le début de l’invasion à grande échelle. Outre la lutte pour les droits des travailleurs, le syndicat vient désormais en aide aux familles de mineurs déplacées par la guerre, notamment celles qui ont fui les territoires occupés ou qui ont été évacuées des villes et villages proches du front et situés dans la zone de combat.
Nous avons pu avoir un aperçu du sort de ces familles lorsque nous avons visité un centre de « stabilisation » ou de transit pour les personnes déplacées à l’intérieur du pays. Secourues et évacuées par de courageux bénévoles, les familles et les personnes âgées arrivant au centre étaient souvent effrayées, désorientées et le cœur brisé d’avoir été chassées de leur foyer. Le NGPU et le KVPU (confédération des syndicats libre d'Ukraine) soutiennent les mineurs et les familles de mineurs déplacés en leur apportant une aide financière, un soutien psychologique et une aide à la recherche d’un logement. Les autorités locales, que nous avons rencontrées plus tard dans la journée, disposent désormais d’une unité chargée de venir en aide aux personnes déplacées, qui représentent actuellement un quart de la population de Pavlohrad.

Ce sont des familles fuyant une zone de tir qui ne cesse de s’étendre, car l’utilisation croissante de drones FPV transforme des lieux auparavant sûrs en cibles. Pour protéger Pavlohrad et les villes environnantes de ces armes meurtrières, un tunnel anti-drones de 100 km – constitué de filets recouvrant les routes – a été construit en trois semaines. Il n’est pas encore achevé. Il devra être plus long, et les bénévoles s’affairent à s’assurer que les routes et les civils sont protégés par ces kilomètres de filets.

Anatoly, accompagné d’Andrii, conseiller municipal et ancien mineur, nous a emmenés visiter le centre de formation où les secouristes acquièrent les compétences nécessaires pour faire face aux conditions dangereuses à l’intérieur d’une mine et secourir les personnes piégées sous terre. Comme tant d’autres lieux en Ukraine, le centre sert également d’abri. Les sauvetages sont incroyablement dangereux : comme nous l’a expliqué l’un des membres de l’équipe, en cas d’incendie, les pompiers peuvent reculer. Dans une mine, on ne peut qu’avancer. Le plus grand danger provient de l'accumulation de gaz hautement inflammables.
De là, nous avons enfilé nos casques et nos gilets en kevlar et nous nous sommes rendus en voiture sur le site où 12 personnes, pour la plupart des mineurs mais aussi une femme qui travaillait dans une station-service voisine, ont été tuées par une attaque de drones russes. Les drones ont frappé leur bus alors qu'ils quittaient leur poste. Cela nous abrutalement rappelé la violence et le danger quotidiens auxquels sont confrontés les mineurs.

Notre arrêt suivant était à l’école locale, où nous avons vu les abris souterrains dans lesquels les élèves peuvent passer toute la journée à étudier et à apprendre. Un groupe d’élèves nous a accueillis avec un poème qu’ils avaient appris, tous vêtus de leurs vyshyvankas. Leur courage et leur résilience étaient remarquables et profondément émouvants. Les enfants sont les victimes oubliées de cette guerre – séparés de leurs pères, perdant des êtres chers et privés d’une enfance normale. Ils grandissent sous la menace des drones, des roquettes et des missiles, étudiant sous terre dans des conditions joyeuses mais exiguës. Et pourtant, ils sont déterminés à apprendre, pleins de rêves, d’ambitions, de rires et d’intelligence.

Kryvyi Rih se trouve à trois heures de route de Pavlohrad,et nous y arrivons par une journée froide et grise. La température est d’environ -4 °C, mais la « température ressentie » est de -7 °C, et les coupures d’électricité sont quasi constantes. Notre hôtel n’a pas de générateur, et pendant une nuit glaciale, nous faisons l’expérience de ce que les Ukrainiens ont enduré tout l’hiver : des températures négatives, sans lumière ni chauffage. Et il faisait pourtant plus chaud que pendant la majeure partie de l’hiver, où le thermomètre est descendu jusqu’à -25 °C.
Nous avons rencontré nos camarades du Mouvement Social (Sotsialny Ruh), qui nous ont fait visiter la ville, notamment pour voir le palais de justice détruit par un tir de missile. Notre guide, Sasha, connaissait une personne tuée lors de cette attaque.
Le soleil se lève après cette nuit glaciale, et Kryvyi Rih est magnifique sous le ciel bleu. Snezhana Oleksu, du Mouvement Social, nous emmène à l’école où elle enseigne et où les enfants étudient sous terre en raison d’une alerte aérienne. Elle nous présente ensuite ses élèves d’anglais, âgés de 7 à 14 ans, et nous avons pris beaucoup de plaisir à les aider à pratiquer leurs compétences linguistiques.

Snezhana explique que « Sotsialniy Rukh se concentre sur la protection des droits sociaux et du travail en temps de guerre. Le mouvement défend les travailleurs, promeut la justice sociale et surveille les changements dans le droit du travail susceptibles d’affecter négativement les travailleurs. Il soutient également des initiatives humanitaires et sensibilise la communauté internationale aux conséquences sociales de la guerre en Ukraine. »
Au cours de la rencontre, nous écoutons les témoignages de jeunes qui participent aux réunions et aux activités de solidarité. Cela leur procure un sentiment d’appartenance à une communauté et leur offre l’occasion de s’amuser, de se faire des amis et de découvrir de nouvelles idées. Ils ont participé à des cours d’autodéfense, à des excursions et à des discussions sur la politique. C’est tellement inspirant de voir une jeune génération déterminée à forger un nouvel avenir pour l’Ukraine, un avenir fondé sur la justice, les droits et l’égalité.
Ce sont des enfants et des jeunes qui rêvent d’un ciel paisible, du retour de leurs pères, du calme, de pouvoir aller à l’école tous les jours, de pouvoir rentrer chez eux dans leurs villes qui sont aujourd’hui sous occupation russe. Ils ont besoin de notre solidarité, de notre attention et de notre soutien. Mais surtout, ils ont besoin qu’on se souvienne d’eux. Nous ne devons pas oublier l’Ukraine.
Si vous souhaitez lire les reportages de Sian sur ce voyage, vous trouverez ses articles ici :
Sur son Substack : ‘We work to gather coal’: Ukraine’s mines are the war’s second frontline".
Sur Krytika : Dispatch from Ukraine.
Sur Conflict and Democracy : In a transit centre in Pavlohrad the horror of war is written on pensioners’ faces.
Si vous désirez recevoir une information régulière sur la situation en Ukraine et les initiatives de solidarité, abonnez-vous gratuitement à notre newsletter. Pour s'inscrire, CLIQUEZ ICI






